Pour avoir donné un briquet à un émeutier qui s’en est servi pour incendier un véhicule, le fils d’Émilie, 18 ans, a été condamné en juillet à un an de prison ferme. Cette éducatrice raconte comment sa vie a changé depuis. Elle parle de sa place de mère dans un système judiciaire qui la dépasse. Et détaille ce que la prison fait à une jeunesse en colère contre le système.
Le 3 juillet, j’ai vu mon fils au tribunal, dans le box des accusés. Trois jours plus tôt, il participait aux mouvements de révolte à Franconville (Val-d’Oise), à la suite de la mort du jeune Nahel, tué par un policier. Quarante-huit heures de garde à vue et une nuit à la maison d’arrêt d’Osny plus tard, il passait en comparution immédiate pour avoir donné un briquet à un jeune qui a incendié un véhicule.
Mon fils a tout de suite coopéré avec les forces de l’ordre. Lors de sa nuit en détention provisoire, il a rédigé une lettre dans laquelle il présentait ses excuses pour ses actes. Il disait ne pas pouvoir supporter l’incarcération. Notre avocate m’avait conseillé d’insister sur mon travail – je suis éducatrice dans la protection de l’enfance. J’ai donc couché sur le papier ce que je fais dans mon métier, la manière dont je m’occupe de mon fils, qui devait commencer un boulot début juillet. J’ai suivi les règles, mon fils aussi. Mais la procureure comme le juge n’ont rien voulu savoir. Le plus dur, cela a été l’attente du verdict. Notre avocate nous avait prévenus, il pouvait y avoir du ferme. Pour moi, c’était impensable : mon fils avait à peine 18 ans, il n’avait jamais eu affaire à la justice, il n’a fait que donner un briquet. Je pensais que j’allais rentrer avec lui.
J’ai suivi les règles, mon fils aussi. Mais la procureure comme le juge n’ont rien voulu savoir.
Un an ferme, pour complicité de destruction de bien privé. Mon fils a…
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