Choix du CNC, Emilia Pérez le film de Jacques Audiard co-produit par Yves Saint-Laurent représentera la France aux oscars 2025. Sa royale ascension vers le box-office ainsi que son ambition d’être une icône du féminisme et de la diversité nous a rappelé le vernis rose et inclusif de Barbie discuté ici ou là. On s’est donc engouffrées dans une des nombreuses salles combles de campagne qui le projetaient encore.
Le film se déroule au Mexique, Manitas est un chef de cartel qui veut devenir une femme. Pour cela, il envoie sa compagne Jessi et ses enfants vivre en Suisse et charge Rita, prestigieuse avocate, d’orchestrer secrètement sa transition et sa mort. Ainsi, Manitas devient Emilia Pérez.
En sortant, bien qu’une personne trans brille sur les grands écrans des petits villages de France, on est pris d’une sensation confuse, quelque chose cloche. Alors, perplexes, on se demande pourquoi Jacques Audiard, secondé par une grande marque du luxe, aurait réalisé un film émancipateur. Connu par la critique pour son film Dheepan, Palme d’or à Cannes, Audiard est pour les Cahiers du cinéma « l’étalon de la ‘BFMisation’ des cerveaux. ».Peut-on établir un rapport entre Emilia Pérez et ce film qui accumule des clichés sur les banlieusards en « donnant à voir seulement la violence des dominés, véritables machines à tuer, bêtes sanguinaires. » ?
Jacques parvient-t’il à tordre ses positions réactionnaires pour les glisser sur la ligne de front que se disputent les tendances féministes actuelles. Celles pour l’émancipation d’un côté et celles, de l’autre, au service d’une vision sécuritaire et conservatrice ? Emilia Pérez nous renseigne ainsi sur le réagencement des enjeux du pouvoir et les terrains de lutte de la bourgeoisie culturelle.
La comédie musicale au service du scénario
Le film s’ouvre sur une première scène impressionnante : au milieu des rues mexicaines la chorégraphie…
Auteur: dev

