Christian Laval est professeur émérite de sociologie. Il est l’auteur de nombreux livres, notamment sur l’histoire et les racines du néolibéralisme, comme L’Homme économique, Ce cauchemar qui n’en finit pas ou Le Choix de la guerre civile. Début 2025 paraîtra son premier roman, Marx en Amérique (éd. Champ Vallon), et Instituer les mondes, coécrit avec Pierre Dardot (éd. La Découverte).
Reporterre — « Mascarade », « provocation »… Le 23 décembre, l’annonce de la composition du gouvernement Bayrou a suscité indignation, ironie, abattement… Vous qui avez beaucoup écrit sur les stratégies de l’État néolibéral, avez-vous aussi été étonné par cette reconduction des « presque mêmes » à la tête de l’État ?
Christian Laval — En réalité, non, je n’ai pas été étonné. Évidemment, en tant que citoyen, j’ai été comme beaucoup heurté, scandalisé, mais si je me réfère à l’histoire du néolibéralisme, ça me paraît être dans le cours des choses. Les gouvernements qui relèvent de la logique néolibérale, comme celui de M. Macron, utilisent systématiquement tous les moyens à leur disposition, de la violence à la négation des verdicts électoraux, pour défendre leur politique, la création de marchés concurrentiels partout dans le monde et dans tous les domaines de la vie — avec tout ce que cela induit comme politiques fiscales et antisociales pour soutenir la compétitivité et les profits des grandes entreprises.
Si vous me demandez où cette idéologie néolibérale s’est manifestée de la façon la plus dure, je vous répondrais au Chili, le 11 septembre 1973, quand le général Pinochet a renversé le gouvernement socialiste d’Allende par un coup d’État. Malgré les crimes commis, ce putsch a été explicitement soutenu par l’ensemble des doctrinaires du néolibéralisme, qui ont dit en substance, par la bouche de Hayek, leur grand théoricien, que…
Auteur: Catherine Marin

