Emmaüs : « Certaines communautés sont des zones de non-droit »

« Depuis longtemps, la communauté de Lescar-Pau est la pire de France. Mais attention… C’est loin d’être la seule ! » Il y a des phrases qui marquent. Gravée dans un coin de ma tête, tout au long de l’enquête sur le village dirigé par Germain Sarhy, celle-ci ouvrait un questionnement qui ne pouvait rester sans réponse. D’autres communautés Emmaüs sont-elles empêtrées dans un système d’exploitation de la pauvreté ? Les expulsions hivernales, sans préavis, sont-elles monnaie courante ? L’accueil inconditionnel, tant chéri par l’abbé Pierre, n’est-il plus qu’un mythe ? Avant de raccrocher, ce lanceur d’alerte insista : « Non, il n’y a pas qu’à Lescar que les compagnons sont moins respectés que les meubles qu’ils vendent. »

« Je ne peux rien te donner, je n’ai rien. Mais toi qui as tout perdu, tu peux m’aider à aider les autres. » L’histoire retiendra que par ces mots, à l’automne 1949, l’abbé Pierre sauva d’une tentative de suicide un homme miséreux, Georges Legay. Ne pouvant rien lui offrir, le jeune député héros de la résistance tendit la main à ce marginal, qui devint son premier compagnon. À l’hiver 1954, une terrible vague de froid poussa le prêtre à lancer « l’insurrection de la bonté », sur les ondes de Radio Luxembourg. Le discours était poignant, sincère et un élan de solidarité général s’ensuivit pour sortir les sans-abris des ruelles glaciales. Emmaüs était né.

Des membres de l’association Emmaüs et des passants écoutent un orateur, le 22 janvier 2011 à Paris. © Boris Horvat / AFP

Le 22 janvier 2007, le vieil homme au béret s’est éteint, en laissant derrière lui une véritable institution. Cent vingt-deux communautés Emmaüs parsèment aujourd’hui le territoire français. Venus de tous horizons, plus de 5 000 oubliés de la société y trouvent un refuge, et parfois même une raison de vivre. En échange d’un modeste pécule, d’une assiette et d’un toit, ils récoltent, trient, rafistolent et revendent les dons matériels des particuliers pour financer ces lieux de solidarité. Si l’abbé Pierre s’en est allé, son héritage semble donc intact. Mais certains estiment que derrière les beaux discours et l’image d’Épinal, se cache une réalité moins reluisante.

« Je veux sortir d’ici »

« Je veux sortir d’ici. Je suis coincé dans cette communauté. Pouvez-vous m’aider ? » En 2018, interpellée par un compagnon, la journaliste indépendante Marie Pragout a enquêté sept mois durant sur…

La suite est à lire sur: reporterre.net
Auteur: Emmanuel Clévenot Reporterre