Empêcher les amibes de se bunkériser pour mieux les éliminer

Lorsque leur environnement devient hostile, de nombreux microbes sont capables d’entrer dans une phase dormante, très résistante, y compris aux produits antimicrobiens. Appelée « kyste », cette forme leur permet d’attendre le retour de jours meilleurs. Cela pose un problème majeur lorsque les microorganismes concernés sont responsables de maladies, ou lorsqu’ils abritent en eux d’autres microbes potentiellement dangereux.

Pour parvenir à se débarrasser de ces microorganismes indésirables, il est essentiel de comprendre comment ils procèdent pour former de tels kystes, afin de les en empêcher ou de trouver des substances antimicrobiennes capables de détruire ces formes ultrarésistantes. Nous avons justement récemment réussi à décrypter comment l’amibe libre Acanthamoeba castellanii, responsable de graves encéphalites et d’infections oculaires, procède pour s’enkyster.

Nos travaux, publiés dans la revue Nature Communications, constituent un véritable atlas moléculaire des changements qui surviennent au cours de ce phénomène. Nous espérons qu’ils ouvriront des perspectives dans la recherche de nouvelles molécules anti-amibiennes destinées à mieux traiter les patients et à désinfecter plus efficacement les hôpitaux, les sites des industries agroalimentaires ou encore les eaux utilisées à des fins récréatives.

Les amibes libres, un problème de santé publique

Les amibes libres sont des êtres constitués d’une seule cellule appartenant au groupe des Protozoaires. On les trouve dans les sols, dans l’eau, et même parfois dans l’air. Certaines espèces sont dites amphizoïques, ce qui signifie qu’elles sont non seulement capables vivre de façon autonome dans l’environnement, mais aussi de parasiter certains êtres vivants, dont l’être humain. Dans ce dernier cas, elles peuvent être à l’origine de graves pathologies.

La plupart des touristes ont déjà entendu parler des diarrhées (amibiases) causées dans les pays chauds par l’amibe Entamoeba histolytica, qui contamine les eaux et certains aliments. Mais les amibes ne se rencontrent pas uniquement sous les tropiques. Dans les pays tempérés sévissent également des amibes pathogènes, telles que l’amibe Acanthamoeba castellanii, qui provoque de douloureuses inflammations de la cornée appelées kératites amibiennes. Bien que rare, cette maladie peut être sévère et menacer la vision en cas de lésions profondes. Difficile à traiter si le diagnostic est tardif, elle survient généralement chez les porteurs de lentilles de contact mal entretenues, mais elle peut aussi se déclarer après un traumatisme de la cornée ou un contact avec de l’eau contaminée.

Les Acanthamœba sont aussi responsables (tout comme l’amibe Balamuthia mandrillaris) d’encéphalites mortelles chez les patients immunodéprimés. Une autre espèce d’amibe, Naegleria fowleri, provoque quant à elle des méningo-encéphalites évoluant rapidement vers le coma et la mort.

Toutes ces amibes sont capables, comme de nombreux microorganismes, de se protéger très efficacement en se transformant en kystes, des formes dormantes très résistantes.

Quand les microbes se bunkérisent

Lorsque leur environnement devient hostile, certains microbes érigent des barrières imperméables faites de cellulose (molécule qui entre dans la composition des plantes) ou de chitine (molécule retrouvée dans la carapace des insectes ou des crustacés notamment) pour s’isoler. Certains organismes tels qu’Acanthamoeba synthétisent une paroi faite à la fois de cellulose et de chitine.

Sous cette forme appelée kystes (ou spores, si elle intervient dans la reproduction), leur activité métabolique est réduite, ce qui leur permet d’économiser leurs ressources et de survivre sur de longues périodes, en attendant que les conditions s’améliorent.

Isolés de l’environnement, les kystes formés par certaines amibes ne craignent ni le manque de nourriture, ni la dessication. Ils résistent également aux radiations ainsi qu’à de nombreux produits antimicrobiens. En laboratoire, des kystes d’Acanthamoeba sont restés vivants 24 ans à 4 °C !

Dès que les conditions redeviennent favorables, les kystes se retransforment en amibes actives, ce qui peut poser de sérieux problèmes de santé publique. On s’expose en effet à des résurgences d’infections par des microorganismes que l’on pensait avoir…

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Auteur: Ascel Regis SAMBA LOUAKA, Microbiologie, parasitologie, Université de Poitiers