En quelque cinquante ans – de la période qui a précédé l’adoption de la loi Veil jusqu’à aujourd’hui après que l’interruption volontaire de grossesse a été inscrite dans la Constitution –, les positions des médecins ont évolué concernant l’interruption volontaire de grossesse. Si les oppositions des années 1970 se sont affaiblies et que le corps médical est plus favorable que jamais au droit à l’avortement, des réticences demeurent.
En 2018, les médias s’étaient fait le relais de la difficulté à avorter pour les habitantes de la Sarthe : l’activité d’interruption volontaire de grossesse (IVG) de l’hôpital du Bailleul, dans la Sarthe, avait été interrompue lorsque le seul des quatre gynécologues qui acceptait de la pratiquer avait pris sa retraite.
Cette situation trouvait un écho dans la déclaration de Bertrand de Rochambeau, président du Syndicat national des gynécologues-obstétriciens (Syngof), principal syndicat de gynécologues, au micro de l’émission Quotidien, le 11 septembre de cette année-là : « Nous ne sommes pas là pour retirer des vies. »
Il n’existe pas de données françaises précises concernant l’usage de la « clause de conscience » – ce droit des médecins de ne pas réaliser d’IVG qui s’appuie sur l’article L2212-8 du Code de la santé publique et qui stipule qu’« un médecin ou une sage-femme n’est jamais tenu de pratiquer une interruption volontaire de grossesse ». Mais en Europe, la situation de l’Italie inquiète : la « clause de conscience » y est invoquée par 70 % des gynécologues, ce qui cause d’importants problèmes d’accessibilité.
Les médecins seraient-ils et elles si massivement anti-IVG ? Étonnant, dans la mesure où, en France, le soutien au droit à l’avortement n’a cessé de progresser dans la population depuis cinquante ans.
Une enquête sociologique auprès de différentes générations…
Auteur: Raphaël Perrin, Docteur en sociologie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
