Sous les lettres en bois de la Bundespressekonferenz, dans son chemisier rouge feu, Sahra Wagenknecht se démarque. Deux mois et demi après son départ du parti Die Linke (« La Gauche ») avec neuf autres députés, elle a invité la presse allemande pour une réunion dont l’issue n’est plus un secret pour personne. Au milieu de ses membres fondateurs, qui lui ont préféré des costumes plus sombres, le ton est mesuré : « Mesdames et messieurs, ce matin nous fondons l’Alliance Sahra Wagenknecht – Raison et justice (BSW) » (1).
La création de BSW s’inscrit dans un contexte de contestations records contre la coalition « en feu tricolore » (2) conduite par Olaf Scholz. Pour ses fondateurs, BSW a la vocation de changer « fondamentalement l’éventail des partis allemands » et de proposer une alternative à « des électeurs abandonnés par les partis traditionnels ». Souvent décrite comme une « Mélenchon allemande » par la presse française, la parlementaire faisait depuis plusieurs années figure d’épouvantail au sein d’une gauche radicale postcommuniste dont elle aura été de toutes les recompositions.
« Ampel », feu tricolore en allemand, fait référence à la coalition rouge-jaune-vert qui regroupe le Parti social-démocrate (SPD), les Verts (Grünen) et le Parti social-libéral (FDP).
Idolâtrée en nouvelle Rosa Luxembourg
C’est non loin de là, en plein cœur de Berlin-Est, que Sahra Wagenknecht fait ses premières armes en 1989, lorsqu’elle s’encarte au Parti socialiste unifié (SED). Bercée dans l’ambiance marxiste-léniniste de la Jeunesse allemande libre, elle entretient l’espoir de « réformer de l’intérieur » une RDA (3) alors à l’aube de sa révolution démocratique. Après la chute du Mur,…
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Auteur: Alexandre Leguen

