En Amazonie, les terres des descendants d'esclaves accaparées par de riches propriétaires

Île de Marajó (Brésil), reportage

L’histoire est digne d’un mauvais western. En 2023, Antonio Carlos Lima, dit Toninho, partait inspecter un des champs de manioc, pastèques et potirons que cultive sa communauté de Providência. Le village, situé à deux heures de bateau de Belém sur l’île de Marajó, à l’embouchure du fleuve Amazone, fait partie de la quinzaine de quilombos de la région de Salvaterra. Des communautés fondées il y a près de 200 ans par des esclaves déportés d’Afrique, fuyant le travail forcé des plantations.

Sur le chemin, un homme a interpellé Toninho, a posé une carabine sur son visage et lui a donné sept jours pour abandonner ce lopin de terre. Assis sur une chaise en plastique, à l’entrée de sa maison, il se remémore la suite de la scène, le regard dépité : « Je lui ai dit que l’affaire était devant les tribunaux. Il m’a rétorqué que si je parlais encore une fois de justice, il m’éclaterait la cervelle. »

À la racine de ce déchaînement de violence se dresse une agro-industrie à l’appétit dévorant. De riches propriétaires de fermes tenteraient d’accaparer ces bourgs vulnérables, pour étendre un peu plus encore leurs cultures intensives de riz, de soja et de maïs. Y compris par la force. De nombreux récits semblables à l’agression racontée par Toninho hantent ainsi les habitants, délaissés par les pouvoirs publics.

« On vit dans la peur constante »

À quelques kilomètres de là, dans le quilombo voisin de Rosário, Claudeth Sousa de Assuncão, elle, a bien cru mourir lorsqu’un tracteur a tenté de l’écraser volontairement. Elle prenait des photos pour documenter la violation d’une décision de justice, qui interdisait l’utilisation d’une route, construite sur leur territoire en toute illégalité.

« On vit dans la peur constante, raconte cette trentenaire, mère de deux enfants. J’ai fait mettre des barreaux à mes fenêtres. » Elle…

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Auteur: Raphaël Bernard

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