Il fut un temps où l’Antarctique incarnait l’ultime sanctuaire, une frontière biologique presque intacte. Ce temps est révolu. À l’autre extrémité du globe, dans ce désert de glace réputé inviolé, un virus bien connu des virologues – le H5N1 – progresse désormais à bas bruit. Mais avec une redoutable efficacité.
Depuis 2024, la grippe aviaire s’est installée sur la péninsule antarctique. D’abord repérée chez quelques labbes – ces oiseaux marins charognards emblématiques des régions polaires – elle a depuis essaimé vers d’autres espèces, des manchots Adélie et papous, aux cormorans. Jusqu’à certains mammifères marins comme l’otarie de Kerguelen.
« Le virus paraît désormais plus largement réparti géographiquement dans la région de la péninsule Antarctique. Nous observons des indices chez un éventail plus large d’espèces », constate le professeur de virologie animale chilien Victor Neira, qui suit le phénomène depuis une décennie.
Sur près de 900 kilomètres de côtes inspectées, les scientifiques ont identifié des cas dans une dizaine d’espèces. Un tableau qui ne relève pas de l’hécatombe généralisée – du moins pas encore – mais d’une diffusion géographique indéniable.
Un virus dévastateur
Le danger, lui, ne fait guère débat. « Cette maladie est capable de tuer 100 % des oiseaux en de courtes périodes », explique le chercheur pour La Relève et La Peste. Les observations de terrain confirment cette virulence.
Une étude publiée en janvier 2026 dans Scientific Reports fait état d’environ 50 labbes morts entre les étés 2023 et 2024, avec des lésions cérébrales sévères et une mort rapide liée à une nécrose multiorganique.
Plus largement, la vague mondiale de H5N1 a provoqué des mortalités massives d’oiseaux et de mammifères sur plusieurs continents. En Amérique du Sud, entre 2022 et 2023, elle s’est traduite de manière particulièrement…
Auteur: Joanna Blain

