« En appeler à l'armée contre sa propre population, c'est extrêmement inquiétant »

Couvre-feu prolongé, pluie d’interdictions de manifester, déploiement de l’armée… Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé un dispositif policier colossal à la veille de l’acte II d’une mobilisation sociale réunissant lycéens, Gilets jaunes et militants écologistes. « On sera intraitable, a déclaré le locataire de la place Beauvau. On est prêt à être ferme et on ne laissera rien passer. »

Un pas de plus dans une politique autoritaire que dénonce férocement la présidente de la Ligue des droits de l’Homme, Nathalie Tehio. Dans cet entretien à Reporterre, elle insiste sur l’illégalité dans laquelle s’inscrivent Emmanuel Macron et son gouvernement : « C’est ahurissant qu’un président de la République se permettre de décider arbitrairement qui aurait le droit de manifester ou non. »

Reporterre — Le 22 octobre, dans la foulée d’une réunion avec les services de renseignement, Emmanuel Macron a déclaré que les demandes de manifestations « faites par des gens qui n’ont aucune légitimité pour cela » seront interdites. Est-ce légal ?

Nathalie Tehio — Cette déclaration d’Emmanuel Macron est profondément choquante. Et encore plus le fait de dire que certaines personnes seraient légitimes à manifester et pas d’autres. L’un des trois grands principes en France est l’égalité. On est égaux devant la loi, et se réunir pacifiquement fait partie des grandes libertés. C’est ahurissant qu’un président de la République se permette de décider arbitrairement qui aurait le droit de manifester.

Le président de la République doit garantir le respect de la Constitution. Or, celle-ci ne lui accorde aucunement le pouvoir de prononcer des interdictions de manifestation. Le ministre de l’Intérieur non plus d’ailleurs. Le Conseil d’État l’a d’ailleurs déjà rappelé lorsque Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur, avait déclaré interdire de…

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Auteur: Emmanuel Clévenot