Vallée de l’Eyrieux (Ardèche), reportage
« L’Eyrieux n’est pas un égout », répètent Adélie Boibessot et Harold Verspieren. À 30 mètres en contrebas de son habitation, le couple va régulièrement ramasser les cadavres de poissons. Depuis quelques jours, sentir cette odeur pestilentielle est presque devenu une habitude pour eux. « Je les rassemble un peu plus haut, dit Adélie en pointant les berges. Mais je ne sais pas ce qu’on est censés en faire… » Les yeux tournés vers le lit encaissé de la rivière, elle soupire : « On fait partie du Parc naturel régional des Monts d’Ardèche, de la zone Natura 2000… Quand on voit cette catastrophe, on se demande à quoi [ces labels] servent ? »
Cette « catastrophe » a débuté mercredi 2 octobre quand, pour la première fois, les pouvoirs publics ont tenté de vidanger le barrage des Collanges. L’objectif : tenter d’évacuer une partie des sédiments accumulés depuis quarante ans et qui occupent aujourd’hui près de la moitié du barrage. Si l’opération est nécessaire à la santé de la rivière en aval, elle est aussi un argument de poids pour le président du département, Olivier Amrane, qui ne cesse de promettre aux agriculteurs davantage de stockage d’eau sur le territoire.
Las, comme l’avaient prédit plusieurs associations environnementales, cette vidange a mal tourné. D’abord, des milliers de poissons sont morts : barbotant dans la boue, ils ont été privés d’oxygène. Une hécatombe, suivie d’une forte pollution due à des boues chargées en métaux lourds. La Fédération départementale de pêche, qui s’était opposée à cette vidange, a fait analyser l’eau en aval du barrage et a découvert la présence de fer (1 000 fois plus élevée que les seuils règlementaires), d’aluminium (700 fois plus élevée), de plomb (58 fois plus élevée) — entre autres. Le tout dans un milieu où vivent loutres, castors, écrevisses à pieds…
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Auteur: Magali Stora, Pauline De Deus

