En attendant le RER E

Le 15 septembre 2026, un RER E reste bloqué deux heures entre Porte Maillot et La Défense. Carnet en main, l’auteur suit la naissance d’une petite sédition, du chevalier Noir au monsieur raisonnable, jusqu’à l’ouverture d’une porte dont nul ne sait qui l’a commandée. Deux fils l’aident à lire la scène, l’anarca-islam de Mohamed Abdou et un séminaire spinoziste où l’on disputait de l’obéissance et des possibles.

Il faut enregistrer l’épaisseur du gérondif en attendant la reprise du RER E dans lequel nous sommes bloquées depuis une heure, il est alors 22h43. Prise de carnet de terrain pour décrire le Nous : face à moi deux jeunes, écran de gaming incurvé dans un sac, sapés très cool, noirs, « journée sans interruption, fatigante ! – De ouf ». Je tiens mon vélo pour éviter qu’il ne tombe. Ses oscillations semi-sciemment provoquées sont l’occasion de croiser le regard interpelé par le désir de mouvement. Les quatre carrés après l’espace des portes du RER sont composés dans le sens des aiguilles d’une montre en partant du quart 30/45 de : un duo d’Arabes, qui se montrent des choses sur leur téléphone et parlent un arabe marocain ; un homme et une femme quinquagénaires, bien engoncées dans le silence d’un trajet bien tenu (c’est moi qui ajoute – rétrospectivement). Couleur de la peau telle que saisie par le regard : blanche ; une rebeu à la doudoune blanche qui fait face à un gars écoutant sans kit mains libres de la musique depuis son téléphone – elle a l’air saoulée ; puis des gens pour qui la saisie est tombée dans l’abîme du vide d’intérêt de mon carnet, ou sa fatigue. Plus loin un espace portes, puis deux banquettes qui se font face où j’enregistre – anachroniquement de nouveau : à gauche dans le sens de la marche, en partant de la tête de train : un couple (sûr) hétérosexuel trentenaire, lui asiat’, elle blanche ; un gars blanc cool qui…

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Auteur: dev