Enquête de terrain en Chine sur le succès des plateformes numériques de vente et de livraison, devenues indispensables pour le quotidien de nombreux habitants des zones urbaines du pays. Néanmoins, l’utilisation de ces applications mobiles soulève des enjeux divers, notamment d’ordre social et environnemental.
Le 6 novembre dernier, alors que je me trouvais en Chine pour une mission de terrain, dans un petit hôtel d’une ville de la province de Hainan (la région la plus au sud du pays), j’ai soudain réalisé que j’avais oublié le chargeur de mon ordinateur dans l’établissement précédent. En panique, j’ai désespérément cherché un magasin à proximité mais, ne connaissant pas cette ville où je venais d’arriver, je me suis tournée vers Meituan, une application préinstallée sur Alipay, la plateforme de paiement mobile la plus utilisée en Chine.
Pour contextualiser, Alipay est un système de paiement numérique omniprésent en Chine, intégré dans de nombreuses applications pour faciliter les transactions du quotidien, y compris les moins coûteuses comme l’achat de trois pommes chez un marchand ambulant ou celui d’un bao – petite brioche farcie emblématique de la cuisine chinoise – pour quelques centimes. Ce service est tellement répandu que, durant mes trois semaines de séjour, je n’ai jamais eu besoin de retirer de l’argent. Et je n’ai presque pas utilisé les quelques billets que j’avais pris avec moi, tant l’économie repose désormais sur les paiements dématérialisés.
Quant à Meituan, cette application est devenue, en l’espace de quelques années seulement, incontournable en Chine. Elle centralise, à partir d’une interface unique, un large éventail de services allant de la livraison de repas (elle est la première du pays dans ce domaine) à la réservation d’hôtels en passant par la vente d’objets du quotidien. Sans trop réfléchir, j’ai commandé un chargeur. À ma…
Auteur: Virginie Arantes, Postdoctoral research fellow, F.R.S.-FNRS, Université Libre de Bruxelles (ULB)

