Londres (Angleterre), correspondance
Les reliefs des Highlands, région montagneuse de l’ouest de l’Écosse, évoquent une nature sauvage, à peine touchée par les humains, où alternent vallées désertes, rivières glaciales et collines couvertes de fougères couleur rouille. Des paysages romantisés par la littérature, la série Outlander ou les publicités pour le whisky Glenfiddich, qui sentiraient le tartan, la pluie et la tourbe.
Les cartes OS (Ordnance Survey, l’équivalent britannique des cartes IGN, dessinées au XVIIIe siècle) indiquent pourtant une réalité plus contrastée. « Quand on se penche dessus, c’est comme lire des noms sur une tombe », remarque Ross Christie. Il fait partie des 2,5 % d’Écossais à parler couramment le gaélique, langue natale de sa grand-mère qu’il a étudiée à l’école puis à l’université. Moniteur sportif, il emmène des groupes dans les montagnes des Highlands pour leur apprendre ce qui se cache derrière les toponymes traditionnels de la région.
Ici, c’est un sommet dénué d’arbres dont le nom évoque la présence d’ifs. Là, c’est une forêt de plantation, à mi-chemin entre Glasgow et Fort William, dont l’appellation Doire nan Taghan signifie « chênaie des martres des pins ». « Il n’y a toutefois aucune chance de trouver des martres dans cette région. Ce que nous indique ce toponyme, c’est plutôt qu’au moment où les cartes ont été dessinées, les gens se souvenaient en avoir vu. Et qu’en prenant soin de ces endroits, on pourrait peut-être en voir à nouveau. »
Comme Ross Christie, des activistes répartis en Irlande, au Pays de Galles et en Écosse mènent une lutte décoloniale, à la fois linguistique et écologique, pour préserver des noms de lieux et résister à leur oubli et à leur anglicisation. Pour eux, les langues traditionnelles sont un levier de résistance face à l’exploitation de la nature — notamment parce…
Auteur: Juliette Démas

