Brownsville, McAllen, Mission, Alamo (Texas, États-Unis), reportage
Sur son immense table métallique, les lettres de la Border Patrol — la police des frontières étasunienne — s’accumulent dans un fouillis de papiers et d’enveloppes. Eloisa Cavazos en laisse certaines fermées, épuisée de les ouvrir « la boule au ventre ». Des barbecues aux parties de pêche en famille, elle préfère ouvrir sa boîte à souvenirs, un moyen de tenir à distance la menace d’un mur qu’elle combat depuis près de dix ans.
« Avant, je pleurais tout le temps : aujourd’hui, je ne peux pas les empêcher d’avancer, mais simplement les ralentir », regrette, un brin résignée, cette femme de 75 ans, encore pleine de vie.
À Mission (Texas) — où Eloisa réside avec son frère de 77 ans — comme ailleurs, la militarisation de la frontière États-Unis-Mexique révolte les habitants de la vallée du Rio Grande, riche de ses 1,4 million d’habitants et de son écosystème d’une diversité exceptionnelle. En décrétant l’« urgence nationale » dans l’une des régions les plus défavorisées du Texas dès son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, Donald Trump avait immédiatement brandi la menace des « criminels et des migrants en situation irrégulière » pour justifier ce projet aussi massif qu’insensé.
L’année dernière, le Congrès avait alloué près de 47 milliards de dollars à ce dessein idéologique grâce à la One Big Beautiful Bill (« la grande et belle loi »). Cette loi budgétaire tentaculaire vise notamment à renforcer, dans la région, la présence des troupes fédérales, en appui de la Garde nationale du Texas, présente depuis le lancement de l’opération Lone Star en 2021.
« Les caméras, oui, le mur, jamais »
« Tout autour », reprend Eloisa Cavazos en pointant du doigt les parcelles voisines, pas de migrants clandestins à l’horizon, mais des terrains abandonnés aux bulldozers…
Auteur: Mahé Elipe, Théo Quintard
