Contretemps : À Paris, certaines zones sont des zones où se regroupent des personnes migrantes, à la rue. La partie qui correspond au métro aérien de la ligne 2 est particulièrement concernée. La trajectoire et la situation des personnes présentes sont largement invisibilisées et méconnues : peux-tu nous présenter les situations dans lesquelles elles se trouvent ? Combien de personnes se trouvent dans cette situation ?
Paul Alauzy : À Paris, il y a environ 2 000 personnes réparties dans différents campements. Le plus visible est celui qui s’étend de Colonel-Fabien à Barbès et qui est actuellement évacué tronçon par tronçon par la préfecture et la Mairie de Paris. Ce campement compte environ 1 200 personnes. Il s’étend entre plusieurs stations de métro, sous le viaduc du métro aérien.
Il faut bien comprendre que l’existence même de ce campement constitue une preuve de la crise de l’accueil. C’est une preuve tangible et malheureuse : les personnes qui arrivent ici ne sont pas simplement des sans-abri venus d’un autre pays qui se retrouvent à Paris. Ce sont des demandeurs d’asile, des personnes en quête de refuge, des gens qui ont fui la dictature des talibans en Afghanistan, les guerres civiles au Darfour, des situations de misère extrême dans certains pays ou encore l’enrôlement forcé par l’armée dans la région du Tigré.
Ce sont des personnes qui fuient les fracas du monde, les guerres, et qui arrivent ici après un long parcours. Elles sont souvent passées par la ville voisine, la région voisine ou un pays limitrophe. Puis, au bout d’un moment, elles traversent la Méditerranée ou les Balkans au péril de leur vie, avant d’arriver sur les trottoirs de Paris.
Ce sont donc des personnes qui ont subi la violence du départ, celle du trajet et enfin, celle de l’arrivée. Car, en France, il existe un système de non-accueil conçu pour décourager les personnes, pour briser un peu les…
Auteur: camille varso
