Selon le proverbe, c’est en cas de malheur que l’on reconnaît ses vrais amis… Cette idée a bercé notre enfance et continue de nous accompagner en tant qu’adultes. Mais il se pourrait bien que l’expérience de la vie nous oblige à corriger cette idée reçue.
En effet, faire preuve d’empathie envers son prochain et se lamenter à ses côtés n’est pas un exercice particulièrement difficile ; et ce d’autant plus que la pitié recèle presque quelque chose d’immédiat, d’instinctif, pour ne pas dire de mécanique. Le pauvre Job – visité par ses amis – en sait quelque chose !
Alors s’il fallait corriger cette formule proverbiale, il conviendrait de la réécrire ainsi : c’est en cas de bonheur que l’on reconnaît ses vrais amis… Vous trouverez toujours quelqu’un pour se lamenter avec vous. Des amis, comme des ennemis, comme des anonymes.
« Imaginer la joie d’autrui et s’en réjouir »
Mais qui se réjouira à vos côtés ? Qui vous aime suffisamment pour être heureux de votre bonheur ? Qui est suffisamment fort pour ne pas vous en vouloir d’être heureux ? Qui est suffisamment bon pour aimer votre bonheur, au point de ne pas en être jaloux, pour ne pas se sentir dépossédé de quelque chose ?
C’est peut-être la raison pour laquelle Jésus déclare : « Votre joie, personne ne vous l’enlèvera » (Jn 16, 22) ; en ne se réjouissant pas avec l’autre de son bonheur, c’est un peu comme si on le lui volait…
Loin d’être une simple question morale, il s’agit presque d’un enjeu philosophique dans lequel notre humanité est interrogée, et peut-être même redéfinie. En effet, le philosophe allemand Friedrich Nietzsche écrivait : « Imaginer la joie d’autrui et s’en réjouir, c’est là le plus grand privilège des animaux supérieurs ». Savoir se réjouir pour l’autre serait, dans cette conception-là, non seulement une preuve d’humanité, mais…
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