Devant la porte de la cour administrative d’appel, un homme accroupi près de son chien essaie de déployer une banderole. À droite, un petit groupe de musiciens a sorti les trompettes. Fusent des slogans en turc, scandés par une soixantaine de personnes puis des applaudissements. Zehra Kurtay, journaliste et militante antifasciste menacée d’expulsion vers la Turquie, vient d’arriver dans son fauteuil roulant, emmitouflée dans des châles. Elle a peu dormi, cette nuit, dans sa « tente de résistance » installée près du métro Strasbourg Saint-Denis, mais un large sourire anime son visage émacié, encadré de boucles brunes. Zehra Kurtay a 195 jours de grève de la faim derrière elle, et l’espoir costaud de faire valoir ses droits pour obtenir, à nouveau, l’asile politique. Elle pèse désormais 36 kg.
Arrivée en France en 2007 après avoir fui la Turquie où elle avait été emprisonnée 9 ans pour ses activités de militante et rédactrice en chef d’un journal d’opposition, Zehra Kurtay avait obtenu un statut de réfugiée, auquel l’Ofpra a mis fin suite à une condamnation pénale.
Les faits remontent à 2007-2008. Zehra Kurtay fait alors partie d’une association culturelle turque, dont la justice a estimé qu’elle soutenait le DHKP-C, organisation marxiste-léniniste turque, inscrite sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne. En 2013, elle, avec d’autres militants, est ainsi condamnée pour avoir participé à une « association de malfaiteurs terroriste » et « financement d’entreprise terroriste ». Elle sort de prison en 2016.
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Auteur: Pauline Migevant

