En Guadeloupe, la crise de l'eau s'intensifie et l'État réduit les crédits

« Ça fait neuf jours que je n’ai plus d’eau au robinet. » Agnès est une habitante du quartier Dampierre sur les hauteurs de Gosier, sur la côte sud de Grande-Terre, en Guadeloupe. Du 3 au 13 septembre, elle a subi une coupure d’eau avant un retour à la « normale », c’est-à-dire un jour sur deux sans « or bleu ». Le syndicat unique de l’eau et de l’assainissement de Guadeloupe (Syndicat mixte de gestion de l’eau et de l’assainissement de Guadeloupe, SMGEAG) a été contraint de mettre en œuvre ces coupures tournantes à cause de l’état désastreux de ses réseaux : le taux de fuite estimée entre 60 et 70 %.

Comme l’appartement qu’Agnès loue n’est pas équipé d’une cuve, cette déléguée médicale célibataire a acheté un appareil qui permet de produire de l’eau à partir de l’humidité de l’air. « Il m’a coûté 2300 euros, ce qui est une grosse somme, mais il me permet de récupérer 13 litres par jour », raconte-t-elle par téléphone à Reporterre. Elle les utilise parcimonieusement pour se laver, faire la vaisselle ou pour les w.c. « Ma voisine, qui a deux jeunes enfants, va tous les deux jours faire une lessive à la laverie. Et elle n’arrête pas d’acheter de gros bidons d’eau. Tout ça lui coûte une fortune. Elle est toute maigre et fatiguée, car elle se lève toutes les nuits pour vérifier si l’eau est revenue. »

« On a l’impression de sentir mauvais et on se sent sale »

Agnès a aussi fait partie des dizaines de milliers de victimes du sabotage du réseau de transport d’eau potable (le feeder Belle-Eau-Cadeau), qui dessert les deux parties de l’île, en mars dernier. Résultat : elle a été privée d’eau pendant dix-huit jours.

Pendant ces périodes de pénurie, le quotidien devient un enfer pour les habitants. « On a l’impression de sentir mauvais et on se sent sale. Chez les médecins chez qui je vais, les toilettes sont fermées à clé. J’ai dû…

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Auteur: Thierry Gadault

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