Iracoubo (Guyane), reportage
Signe que l’événement est historique, les derniers chamanes Kali’nas en activité ont quitté leur village pour rejoindre Iracoubo, commune de l’ouest guyanais. Le 11 août, un mémorial très attendu par les Kali’nas et les Arawaks-Lokonos — deux des peuples « autochtones », le terme « amérindien » étant perçu comme colonial —, vivant en Guyane française et au Suriname, est inauguré dans le contexte de la Journée internationale des peuples autochtones, célébrée chaque 9 août.
Une fois les nombreux discours officiels achevés, ceux que l’on appelle ici « piiyai » (chamane) et dont les traits traduisent une vieillesse avancée, s’avancent vers le monument encore caché par des feuilles de palmiers tressées, pour lancer une cérémonie spirituelle. Difficile pour le profane de saisir le sens profond des libations de cachiri — la bière de manioc — et du rythme du malaka, l’instrument dont les chamanes ne se séparent presque jamais. Quant aux chants en langue kali’na, repris en chœur par les yopotos, les chefs coutumiers, on n’en saisit guère que l’intense émotion. « C’est une cérémonie du port du deuil, avec une forme de bénédiction, pour le bon accueil des âmes », traduit un spectateur kali’na.
Puis, c’est la révélation. Deux femmes de bronze portant le kalimbé traditionnel comme seul vêtement sont dévoilées au public. La plus âgée s’appelle Ahiemaro. La plus jeune, Molko. La première vivait sur le fleuve Sinnamary, dans l’actuelle Guyane, et fut envoyée avec une partie de sa famille à Paris, en 1882. Le voyage était volontaire, mais bercé d’illusions par les mensonges des colons français sur leurs buts réels. La seconde a grandi dans un village de l’actuel Suriname jusqu’à l’année de ses 15 ans, en 1892, date à laquelle elle a aussi été embarquée, avec sa famille, vers la capitale française.
À travers ces deux femmes, sont…
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Auteur: Enzo Dubesset

