En Inde, la Gen Z des « cafards » invoque la Constitution et l’héritage d’Ambedkar


L’ESSENTIEL

  • Né au printemps 2026 d’une remarque méprisante du président de la Cour suprême, le mouvement des « cafards » est passé en quelques semaines de la satire numérique à la rue.

  • Après avoir obtenu la démission du ministre de l’éducation, il s’est engagé dans une nouvelle bataille autour du droit de vote.

  • Derrière les masques de cafards apparaît surtout une jeunesse qui réinvestit le drapeau indien, la Constitution et la figure de son architecte B. R. Ambedkar pour contester le pouvoir au nom même de la nation.


À Jantar Mantar, au cœur de New Delhi, Sagar ne correspond guère à l’image répandue de l’étudiant contestataire issu des classes moyennes urbaines. Originaire du district très majoritairement rural de Satara, dans l’État du Maharashtra, il a terminé ses études universitaires et préparé des concours de recrutement public. Pourtant, m’explique-t-il en cet été 2026, il a se retrouve à faire un travail manuel et estime que « le gouvernement en est le seul responsable. »

Les fuites de sujets, les examens reportés, les limites d’âge qui se rapprochent, les emplois qui se dérobent : autant de bouleversements qui n’ont rien, à ses yeux, de simples dysfonctionnements administratifs. Ils compromettent le calendrier d’une vie entière : trouver un travail, se marier, soutenir sa famille, accéder enfin à un statut social.

Sagar appartient à cette mobilisation improbable qui s’est baptisée Cockroach Janta Party, le « Parti populaire des cafards ». Malgré son nom, le CJP n’est pas, à ce jour, un parti politique au sens classique, mais un mouvement né d’une insulte retournée contre ceux qui l’avaient proférée.

Quand l’insulte devient emblème

Le 15 mai 2026, le président de la Cour suprême, Surya Kant, s’emporte au cours d’une audience. Il évoque des jeunes n’ayant pas su trouver un emploi correspondant à leurs études et devenus journalistes,…

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Auteur: Cabalion Joël, Sociologue, Université de Tours