En Inde, les attaques de tigres augmentent à cause du changement climatique

Sundarbans, Île de Bali, Satyanarayanpur (Inde), reportage

Ce matin de janvier, Prashanta Mandol monte sur sa barque. Sur son visage, une cicatrice lui lézarde la tempe, souvenir d’une attaque du tigre qui a tué un de ses cousins, deux ans auparavant. Lui s’en est sorti avec des blessures à la tête et au torse, un mois d’hôpital et des traumatismes pour toute une vie. Le pêcheur se dirige pourtant sur les lieux du crime : en face de l’île de Bali en Inde. Là, une zone est barrée d’un grand et large filet et derrière, le lieu de vie du tigre. Une aire protégée, interdite d’accès. Malgré le risque, celui-ci taille une ouverture et glisse son embarcation. Comme Prashanta Mandol, de nombreux pêcheurs font fi des interdictions.

Nous sommes en plein cœur des Sundarbans, une région à cheval entre l’Inde et le Bangladesh, où le Gange se jette dans la mer. La pollution charriée par le fleuve sur des milliers de kilomètres se mêle à un écosystème unique : 140 000 hectares de mangroves, des îles détrempées, des rivières boueuses. Le lieu abrite des espèces en voie de disparition, comme le crocodile marin, le python indien et surtout le tigre du Bengale, dont on ne compte plus que 130 spécimens dans cette partie du monde.

Dans l’espoir d’apercevoir ce dernier, les touristes se pressent par milliers chaque année. Mais la plupart des étrangers ou locaux qui ont vu le prédateur ne sont plus là pour le dire. Depuis quelques années, la zone est devenue le théâtre d’un face-à-face sanglant entre les êtres humains et le royal félin. En 2022, le tigre a tué 104 personnes. Et le bilan des victimes ne cesse de s’alourdir : à la fin du mois de février, on en comptait déjà 31.

Salinité et montée des eaux

En cause : le changement climatique, et tout particulièrement la montée des eaux. En résumé, la mer gagne du terrain et se mêle aux rivières qui se jettent dans le Gange. Cela participe à augmenter la salinité de l’eau, attaquant au passage les mangroves et détruisant le milieu aquatique. Les pêcheurs locaux se retrouvent alors obligés d’aller sur le fleuve, lieu de vie du tigre, dans l’espoir de trouver du poisson. Autre problème, en montant, le niveau de la mer grignote aussi le reste de surfaces terrestres disponibles pour le prédateur. Deux conséquences qui rendent d’autant plus probable la rencontre entre le fauve et les habitants.

« Avec l’augmentation continue de la population, la production de l’agriculture ne peut pas suivre la demande. D’autant que l’agriculture est victime des cyclones et des tempêtes, parfois en dehors de la saison de la mousson », écrit Kanksha Mahadevia, juriste spécialisée sur l’environnement à l’Université de…

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Auteur: Reporterre

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