Gideon Levy est journaliste au quotidien Haaretz, l’un des plus connus, pour ses enquêtes de terrain parmi les Palestiniens et ses commentaires impitoyables contre le gouvernement de Benyamin Netanyahou et les partis qui dominent la scène politique israélienne. Il est sans doute aussi le journaliste le plus haï, le plus insulté du pays. Ce fils d’immigrants d’Europe centrale n’avait pourtant rien d’une tête brûlée. Religieux et nationaliste bon teint dans sa jeunesse, dit-il lui-même, il s’est gauchi en porte-parole du travailliste Shimon Peres, avant d’entrer à Haaretz dont il est devenu une voix retentissante à mesure que le quotidien centenaire passait d’un libéralisme modéré à la critique des suprémacistes et des annexionnistes qui peu à peu s’emparaient du pouvoir en Israël.
Mais ce Haaretz très engagé n’est pas un organe de propagande : il travaille en profondeur. Il s’ouvre aussi à des voix qui le contestent, par exemple Israel Harel, colon radical et va-t-en-guerre sans retenue, ou l’historien Benny Morris qui n’arrête pas de prôner une attaque de grande envergure contre l’Iran.
Après l’assaut massif du Hamas le 7 octobre 2023, le journal n’a pas fléchi dans la dénonciation de cette horreur et la documentation des massacres, tortures, viols qui pouvaient être prouvés. Mais quand la riposte s’est déchaînée sur Gaza puis ailleurs, il a mis autant de zèle, malgré les empêchements de toute nature, à décrire les abus de cette guerre sans limites, et sans merci pour les civils. Journalisme exemplaire et solitaire, dans l’adversité et la douleur.
Du coup, je me suis abonné, il y a 400 jours, pour mieux savoir. C’est utile, ou indispensable. Mardi dernier, j’ai entendu, au vol, sur une radio française, par une brève de dix secondes, que 51 Gazaouis avaient été tués dans la journée. J’ai cherché ce qu’on en disait ici. Rien. La guerre dure, on s’habitue, et il y a des…
Auteur: Alain CAMPIOTTI

