Depuis plusieurs semaines, la Martinique est secouée par des mobilisations contre la cherté du quotidien. L’inflation et un coût de la vie parmi les plus élevés de France ont fait s’envoler les prix des denrées alimentaires et des produits de première nécessité, malgré un pouvoir d’achat déjà très fragilisé. Ce mouvement de contestation a suscité plusieurs nuits d’émeutes, avec des scènes de barricades enflammées, des affrontements avec les forces de l’ordre et une colère palpable dans les rues, qui réveille les blessures d’un passé colonial non résolu.
Jérémy Désir, fils de Martiniquais et ancien « analyste quantitatif en soutien au trading », a choisi de revenir sur la terre de ses ancêtres. Avec sa compagne Mathilde, ils se sont installés il y a trois ans sur un terrain familial au Morne Rouge, dans le nord de l’île. Le couple y mène une vie néopaysanne : ils s’efforcent de remettre en culture un terrain laissé à l’abandon pendant plus de dix ans.
Leur objectif ? Contribuer à l’autonomie alimentaire de la Martinique tout en défendant une agriculture saine et respectueuse de l’environnement. Pour Jérémy, ce retour aux racines est aussi un acte de résistance face à un système économique insoutenable. Engagé dans le mouvement contre la vie chère, il témoigne d’un sentiment de déracinement économique, mais aussi d’un désir de réappropriation du territoire par ses habitants.
Reporterre — Quelles sont les principales raisons des mobilisations contre la vie chère en Martinique ?
Jérémy Désir — Elles vont bien au-delà de la simple question des prix. Les Antilles françaises, et la Martinique en particulier, sont de véritables poudrières sociales. Prenons le scandale du chlordécone, un pesticide qui a contaminé nos sols et nos corps pendant des décennies : il incarne un traumatisme collectif profond, presque aussi marquant que celui de l’époque coloniale. Lorsque
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Auteur: Alexandre-Reza Kokabi

