Son prénom a fait le tour du monde depuis plusieurs semaines. Pourtant, son visage et son histoire restent méconnus. Madleen Kulab, l’unique femme pêcheuse de la bande de Gaza, a donné son nom au navire affrété par la coalition d’ONG Flottille de la liberté. Le bateau a été intercepté dans la nuit du 8 au 9 juin alors qu’il voguait en direction des côtes de Gaza pour tenter de casser le blocus israélien, avec à son bord la députée européenne française Rima Hassan (La France insoumise) et l’activiste suédoise Greta Thunberg.
Madleen Kulab, elle, n’a plus pris la mer depuis octobre 2023. Deux mois après le début de l’offensive israélienne, son bateau a été détruit, comme ceux de la plupart des pêcheurs gazaouis. « La mer et la pêche me manquent beaucoup, c’est toute ma vie », nous confie la trentenaire au téléphone depuis Gaza, après cinq jours d’un blackout qui a privé la population de connexion internet et cellulaire.
En mer pour survivre dès l’enfance
La violence de la colonisation israélienne a marqué toute son histoire. Madleen est née en 1994 dans le camp d’Al-Shati, dans le nord de la bande de Gaza, où ses grands-parents se sont réfugiés, forcés de quitter leur village, Hamama, après qu’Israël s’est emparé du territoire en 1948.
Elle a vécu une enfance modeste avec sa sœur et ses frères dans une maison en tôle. En 2018, l’un de ses frères a été tué par l’armée israélienne durant la Marche du retour, une série de manifestations à la frontière de la bande de Gaza pour commémorer la Nakba, l’exil des Palestiniens après la proclamation de l’État d’Israël en 1948. Enfant, elle accompagnait son père en mer, à bord d’un petit bateau de pêche. Alors qu’elle n’avait que 13 ans, il est tombé gravement malade. Elle a alors pris la relève pour…
Auteur: Léa Guedj, Maïlys Khider

