« En Palestine, le récit est un champ de bataille »

La poétesse palestinienne Asmaa Azaizeh est née au milieu des années 1980, dans le village de Daburieh, en Basse-Galilée. Longtemps installée à Haïfa, elle a aussi travaillé comme journaliste et a été la première directrice du musée Mahmoud-Darwich de Ramallah au début des années 2010.

Dans son recueil de poèmes intitulé Ne me croyez pas si je vous parle de la guerre, publié aux éditions du Commun dans une traduction de Chakib Ararou, elle écrit : « La guerre occupe mes pensées. Mais je n’ose pas écrire à son sujet. Je fouette mes métaphores, puis les supplie. » À l’occasion de cette parution, elle revient sur la possibilité d’écrire sur la violence quand on ne se trouve pas en son cœur, ainsi que sur la condition spécifique et invisibilisée des Palestinien·nes vivant en Israël.

Mediapart : Votre recueil de poèmes « Ne me croyez pas si je vous parle de la guerre » a initialement été publié en 2019. Quel sens donnez-vous à ce titre ? Est-il chargé différemment à l’heure où votre texte est traduit en français, après deux ans de carnage à Gaza ?

Asmaa Azaizeh : Le titre de ce recueil vient, à l’origine, d’une demande qui m’avait été faite d’écrire un texte sur ma vie de femme en état de guerre. La demande m’a troublée parce que je n’ai jamais vécu sous occupation militaire. Je n’ai pas fait l’expérience d’être bombardée, je ne vis pas ce que vit mon peuple à Gaza ou en Cisjordanie.

Asmaa A
zaizeh. © Mediapart avec photo Dirk Skiba

Et je me suis fixé comme principe de ne jamais parler au nom d’autres ou d’utiliser le pronom « nous ». Mais je définirais néanmoins les attaques contre mon identité, ma culture, mon éducation, mon architecture, ma terre, comme des formes de guerre, même si c’est une guerre au ralenti, une guerre silencieuse, une guerre marginale, dont personne ne parle. Mais je la vis néanmoins dans mon corps et c’est à partir de là que…

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