Un peu avant l’été, nous avions publié un articule intitulé Police, polisse, polis qui affirmait que « ce n’est pas la psychiatrie qui est en crise mais la crise qui est psychiatrisée ». Son auteur revient cette semaine avec cette adresse à ses médicaments, depuis une « folie ordinaire ».
Je m’adresse à toi, ma pilule, celle que j’ai eu tant de mal à avaler. Tout ce que j’ai à te dire, tu le sais, mais je ressens le besoin de tout te recracher.
Quelle absurdité que de t’écrire, quelle impossibilité de te décrire, toi, cette métaphore fêlée qu’on a recréée soit disant pour me libérer. Tu es sans forme, tu es dix formes, même plus. Tu es palpable, tu es fantomatique, tu es distant, tu es présent, tu es en moi, tu planes sur moi, tu n’es qu’une poudre, tu n’es qu’un bloc, tu me remplis, tu me vides, tu me stabilises, tu me fragilises, je redeviens moi, tu me perds, tu n’es rien, tu es le Tout. Tu es multiple, tu es l’unique. De toutes ces prises, je me débats de tout mon être dont tu as l’infinie emprise. Ne vois pas en tout ça, que des niaiseries, j’ai tellement peur de te décevoir mais je t’assure tout ça je le vis. Dans ma peau, ma chaire, mon crâne, mon âme, mes tripes, mon sang, tu me pénètres, tu m’évides, tu m’arraches, tu me perces, tu me creuses, me façonnes, me rabotes, me calibres, me produis, me programmes, me régules et c’est peut-être ça le problème. Parfois, je résiste, je me démène, ça grippe, ça frotte, ça frappe, ça choque, ça tique. Pas un jour où tu penses en moi, pas un jour où en toi je me vois, pas un jour où tu me rappelles que la lumière ne vient jamais au bout du tunnel et que dedans j’y crie sans que l’écho ne me revienne. Mais avec toi je suis stable je le sais, je n’entends plus suivre qu’une seule voie, tu m’as fait rentrer dans ta période sans cycle, j’aimerais parfois être sans toi. Sans toi, je n’ai jamais su qui…
Auteur: dev

