En Sicile, les damnés de la serre

Il ne sort pratiquement jamais de son bloc de béton, Imed*. Il faut dire que sans voiture, s’extirper de ces oppressantes serres relève du miracle. Plus encore lorsqu’on doit se cacher de son patron. Cette fois, pour nous rejoindre, il est passé par les prés, à l’heure où les ombres s’échinent sous le plastique, en pleine période de récolte.

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Le prénom a été changé.

D’habitude enfermé dans 12 mètres carrés toute la journée avec un autre compatriote, Imed l’imaginait autrement, il y a quelques mois, cette jungle de plastique sicilienne – la fascia trasformata (« bande transformée ») – qui s’étend sur 80 kilomètres de côte, dans l’est de la grande île italienne. Ses épaules tombantes, surmontées de grands yeux noirs tristes, disent son incompréhension. « Ne t’en fais, tu auras tout : logement et travail », lui avait maintes fois répété l’intermédiaire tunisien qui l’a fait venir, lorsque Imed s’en était inquiété depuis sa ville du nord de la Tunisie.

Mais la réalité a été bien plus cruelle. Lorsqu’il a mis les pieds en Sicile en octobre dernier, il n’a trouvé ni l’un ni l’autre, sinon une invitation à « revenir en février ». Lorsque nous le rencontrons, début mars, sur une plage blanchie par le soleil de la mi-journée, cet homme de 49 ans est sans argent. Il n’a d’autres possibilités que de « manger des œufs », grâce au maigre salaire – une trentaine d’euros par jour – gagné par son ami, avec qui il a fait le voyage par les airs. En guise de douche, de l’eau stagnante prélevée d’une flaque qui jouxte les cultures arrosées de pesticides, « qui gratte tout le corps après ».

La fascia trasformata (« bande transformée ») – qui s’étend sur…

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Auteur: Augustin Campos