En Suède, la multiplication des autodafés du Coran met à l’épreuve le pari multiculturel

Entre l’enlisement de la guerre en Ukraine et les effets de l’embrasement de la bande de Gaza, l’année 2023 a été caractérisée, partout en Europe, par une dégradation du climat sécuritaire et par de brusques recompositions du cadre des relations diplomatiques. En Suède, des tensions sans précédent ont marqué l’actualité, assorties d’inquiétudes palpables et, hélas, justifiées, relatives à la sécurité des ressortissants suédois à l’étranger.

Cet été, à Ankara, à Beyrouth et à Islamabad, des manifestants ont mis le feu au drapeau suédois ; en Irak et au Liban, les désordres ont été suivis de violences contre les ambassades du pays.

Le 17 octobre, à Bruxelles, un islamiste se revendiquant de l’État islamique a abattu deux supporters de l’équipe suédoise de football venus assister au match Belgique-Suède. Cet attentat a confirmé le bien-fondé des craintes de Stockholm. Depuis l’été, le gouvernement avait en effet recommandé à ses ressortissants de cacher leur appartenance nationale lorsqu’ils se trouvent à l’étranger : un choc pour un pays identifié depuis des décennies à des politiques migratoires généreuses et au souci du dialogue interculturel.

Provocations anti-islam et menaces d’attentats

Cette flambée d’hostilité tient à une cause : les autodafés du Coran, d’abord organisés au Danemark depuis la fin des années 2010, et qui ont désormais la Suède pour théâtre habituel.

L’initiateur de cette modalité de provocation anti-islamique est un citoyen dano-suédois, Rasmus Paludan, avocat de profession, aujourd’hui âgé de 41 ans. Leader du parti danois « Ligne dure » (Hart Stram), Paludan a émergé il y a quelques années comme un pourfendeur de « l’islamisation des sociétés européennes » et du brassage des cultures. Sa formation a récolté 1,8 % des suffrages aux élections législatives danoises de 2019. Après que son parti s’est vu exclu de…

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Auteur: Piero S. Colla, Chargé de cours à l’université de Strasbourg, laboratoire « Mondes germaniques et nord-européens », Université de Strasbourg