Près de 1 500 Français ont rejoint une organisation terroriste en Syrie ou en Irak, un tiers était des femmes, parfois des adolescentes. La majorité a vécu au cœur de Daech jusqu’à sa chute territoriale en mars 2019. Jamais la propagande d’une organisation terroriste n’avait réussi à recruter aussi rapidement au sein de la jeunesse. Xavier Renault, psychologue clinicien, est expert judiciaire près la cour d’appel de Lyon. Il est très régulièrement auditionné par les magistrats de la cour d’assises spéciale. Il a mené des expertises psychologiques sur plusieurs dizaines de Français, ex-membres de Daech, dont quarante-sept femmes.
Les Français de l’État islamique ont presque tous grandi dans l’Hexagone. Comment expliquer qu’ils basculent dans la violence extrême en allant en Syrie ou en Irak pour commettre des atrocités ?
Xavier Renault : Pour ces Français, on est loin du parcours d’un djihadiste irakien sunnite né à Mossoul, qui a vécu d’abord l’invasion états-unienne puis l’arrivée de Daech. Je ne justifie rien, mais il y a des motivations particulières liées à un passé dans la guerre. Entre un jeune Irakien et un jeune Français qui décapitent des chiites en Syrie ou en Irak, le rapport à la violence n’est pas le même au départ. Et ce n’est pas une question de différence culturelle. Chez les jeunes Français, on observe une violence interne qui va trouver dans la situation géopolitique l’opportunité de s’exprimer.
Sur le même sujet : « J’ai honte de ce que j’ai fait » : devant la justice antiterroriste, les premiers procès des Françaises de Daech rapatriées
Avant de partir, ils avaient des traumatismes divers qu’ils peuvent traiter en désignant des ennemis. Et désigner des…
Auteur: Céline Martelet

