En Syrie, le crible d'un séisme

Le double tremblement de terre qui a frappé la Turquie et la Syrie le 6 février et dont on continue d’additionner les victimes par dizaines de milliers a suscité effroi et stupeur. Par la bande et non sans cynisme, la catastrophe a aussi été l’enjeu d’une offensive politique et médiatique de la part de celles et ceux qui, consciemment ou non, souhaitent réhabiliter la légitimité de Bachar al-Assad. Des amis syriens nous ont signalé la publication de cet excellent article d’Hamza Esmili et Montassir Sakhi d’abord paru dans la revue conditions, il décortique les éléments de langage, l’aveuglement, le cynisme ou les manipulations que se partagent certaines tendances « anti-impérialistes », l’extrême-droite et quelques opportunistes.

Les séismes qui ont eu lieu à proximité des villes de Gaziantep et d’Ekinözü sont à l’origine d’un désastre humain de rare ampleur. Tant la Turquie que la Syrie voisine déplorent des dizaines de milliers de morts – selon un décompte toujours provisoire à l’heure où ce texte est rédigé –, bien plus de blessés et une dévastation matérielle considérable. Certaines villes, comme Antakya ou Kahramanmaraş, ont été détruites à grande échelle. S’agissant de la Syrie, pays singulièrement ravagé par une décennie de bombardements gouvernementaux et russes, plus de cinq millions de personnes ont perdu leur logement à la suite de la succession des tremblements de terre.

La catastrophe est arrivée au sein de l’une des zones géographiques les plus conflictuelles au monde. Loin d’autoriser la trêve, elle accentue les polarisations parmi les parties en présence. À son corps défendant, le drame agit ainsi comme un crible efficace pour donner à voir les enjeux collectifs qui trouvent leur foyer dans la région. Aussi un célèbre journal satirique français – connu pour sa position intransigeante à l’égard de l’islam et des musulmans – ne s’y est-il pas trompé en se réjouissant de la survenue du tremblement de terre – laquelle supplée d’hypothétiques « chars ». Comme souvent s’agissant du Moyen-Orient, le transfert agit à plein : on se gausse de la mort là-bas de ceux que l’on désigne comme adversaires ici.

Quoique déplorable, la caricature demeure pourtant inoffensive. Il en est tout autrement de la campagne orchestrée par le régime de Bachar al-Assad à l’occasion du séisme. Sans surprise, l’État du Baath – soit le parti panarabe qui gouverne la Syrie depuis 1963 –prend appui sur la catastrophe pour…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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