En Syrie, le difficile retour des agriculteurs sur leur terre natale

Damas, Alep (Syrie), reportage

Des villages défilent, leurs maisons détruites ou à l’abandon, des terres jaunies et craquelées par la morsure féroce du soleil. Par-ci par-là, des oasis de verdure rompent la monotonie des paysages ternes dans la périphérie rurale au sud d’Alep. La guerre, l’exil et la sécheresse sont passés par là, mais l’espoir renaît. Huit mois après la chute du régime de Bachar al-Assad, le 8 décembre 2024, des milliers d’agriculteurs syriens sont revenus cultiver la terre de leurs ancêtres.

Les plants d’Ibrahim en sont la preuve, leurs petites fleurs blanches ondulant dans le vent. Ici, dans le petit village rural de Zarbah, l’ancien réfugié a monté un projet de semences paysannes et bio sur 5 dunams (5 km²), y faisant pousser toute sorte de légumes, d’herbes et de plantes aromatiques pour en récupérer les précieuses graines.

« J’ai dû quitter mon village la première fois en 2013 à cause des combats et suis parti me réfugier dans la vallée de la Bekaa, au Liban », explique celui qui travaillait sa propre terre en parallèle d’un emploi dans une entreprise locale de céramique, avant la guerre.

C’est au Pays du cèdre qu’il a rencontré une constellation de Syriens, Libanais et Français actifs dans l’agroécologie — avec qui il allait, en 2016, cofonder une association de semences paysannes et d’agriculture bio, Buzuruna Juzuruna. « J’ai tout appris auprès d’eux, comment espacer mes plants, comment les irriguer au goutte-à-goutte, comment reproduire les semences génération après génération — et j’ai voulu rapporter tout cela en Syrie », dit-il avec fierté.

En 2017, Ibrahim est rentré en Syrie : une partie du nord-ouest syrien venait d’être libérée du joug d’Assad par une coalition de rebelles islamistes, dont le groupe Hayat Tahrir el-Cham (HTC). Mais las, son village s’est retrouvé de nouveau près de la ligne de front, et il…

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Auteur: Philippe Pernot

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