Vous lisez la série « Syrie, les défis écologiques de l’après-Assad ».
Raqqa (Syrie), reportage
Un vent poussiéreux balaye les rues d’al-Chaddadeh, ville marginalisée du nord-est syrien. La localité dégage une impression de délabrement, avec ses routes accidentées parsemées de checkpoints militaires et ses bâtiments délabrés. Dans une école publique, une scène curieuse se déroule sous les yeux des écoliers : une cinquantaine de femmes, portant le voile intégral par tradition religieuse ou pour se protéger de la morsure du soleil et du sable, plante des graines de pistachiers dans des sacs de terreau répartis dans la cour de récréation.
« Ces plants seront distribués aux volontaires et à leurs familles pour qu’elles les fassent pousser et puissent en tirer un revenu. C’est le premier projet environnemental dont j’entends parler dans toute l’histoire de la ville », explique fièrement Nada el-Helou, directrice de l’école et membre de l’association Les Tresses vertes, qui a lancé le projet en coopération avec les autorités locales de l’administration autonome kurde.
Le but : soutenir économiquement les familles de cette région arabe marginalisée, faire reculer la désertification, mais aussi lutter contre Daech (acronyme arabe de l’État islamique, EI).
À al-Chaddadeh, comme dans d’autres régions du nord-est et du centre syrien, la rumeur d’un retour de l’EI enfle. La ville était l’un de ses bastions entre 2013 et 2016, avant d’être reprise par les Forces démocratiques syriennes (FDS), à majorité kurde. Elle semble ne s’être jamais vraiment remise de la guerre civile, et assiste maintenant à un phénomène inquiétant. La présence de cellules dormantes de Daech n’est plus un secret et l’idéologie salafiste semble connaître un regain de popularité.
« L’EI est redevenu une menace, surtout depuis la chute du régime Assad [le 8 décembre 2024] : il…
Auteur: Philippe Pernot

