Des scènes de liesse dans toute la Syrie, de la joie sur les visages, le drapeau de la révolution qui flotte au vent : le régime de Bachar el-Assad est enfin tombé, en quelques heures à peine. Après une offensive éclair, une coalition de groupes rebelles a repris plusieurs villes clés, précipitant la fuite du sanguinaire président syrien dans la nuit de dimanche à lundi 9 décembre.
Les premières manifestations contre le régime ont eu lieu en 2011, le régime syrien s’est donc effondré après plus d’une décennie d’un conflit meurtrier ayant fait plus d’un demi-million de morts. Un moment historique pour toute la région, similaire, pourrait-on dire, à la chute du mur de Berlin.
« C’est comme un rêve, personne ne peut le croire. Après cinquante-deux ans [de règne du clan Assad], toute la population est libre. C’est magnifique : c’est comme si nous naissions pour la deuxième fois », s’exalte Aazat Abou Bachir au téléphone. Cet agriculteur vit dans un camp de réfugiés à Afrin, dans le nord-est du pays. Il travaille à un projet d’agriculture biologique avec d’autres réfugiés de guerre, après avoir été déplacé de sa région natale d’Idlib par les troupes du régime.
« Ils ont détruit ma maison, brûlé une partie de mes oliviers. Ils n’étaient pas juste des criminels contre les humains, mais contre la nature et tous les êtres vivants », dénonce-t-il avec émotion dans la voix.
« On n’avait pas le droit de planter ce qu’on voulait »
Pendant des décennies, Hafez el-Assad puis son fils, Bachar, avaient imposé des politiques agricoles d’une main de fer, créant des conditions propices à la guerre civile : monocultures organisées par région, quotas de production, libéralisation à marche forcée et répression féroce de celles et ceux qui osaient s’y opposer.
« Nous n’avions pas le droit de planter ce que nous voulions, seulement certains types de semences. Ces…
Auteur: Philippe Pernot

