Soueïda (Syrie), reportage
Sur les hauteurs de Soueïda, la vue sur la ville est imprenable. Les champs de pommiers et les vignes, aux couleurs d’automne, sont entourés de larges roches de basalte, sombres et aux reflets vermeils. Des reliques attestent de la présence de vignobles dès l’époque romaine, un héritage antique qui relie encore à leur terre les habitants de cette ville syrienne à majorité druze, un courant religieux issu du chiisme.
Mais pour arriver sur la montagne, il faut franchir des checkpoints, tenus d’abord par des hommes armés vêtus de noir — les forces de sécurité du nouveau gouvernement syrien —, puis par des miliciens druzes en tenues disparates.
« Cela a été un défi de revenir sur mes vergers, je n’ai pas pu y accéder du tout pendant un mois », dit en soupirant Mountasser Abo Saada, vigneron bio à Dahr al-Jabal. C’est que ces collines, ainsi que toute la ville, ont été prises d’assaut par des tribus bédouines sunnites et des forces de sécurité gouvernementales en juillet. Des tensions avaient dégénéré en une offensive totale, avec des exactions commises contre les civils des deux côtés.
Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, au moins 1 386 personnes ont été tuées, dont au moins 200 civils druzes exécutés sommairement par les forces progouvernementales. Au moins 128 000 personnes ont été déplacées, dont l’entièreté des habitants bédouins de la ville, alors que les deux camps s’accusent mutuellement d’avoir commis un « nettoyage ethnique ».
Sauvés par les bombes israéliennes
Mountasser a rejoint les rangs d’une milice druze, le Regard d’aigle, et a combattu l’arme au poing. Son ami, l’agriculteur chrétien Rami Meila, est resté terré chez lui. « Quand ils sont entrés chez moi, ils ont vu la croix sur le mur et ont voulu me crucifier vivant avec ma fille », raconte-t-il. Comme beaucoup, il n’a été sauvé que par…
Auteur: Philippe Pernot

