Chaque deux-roues est passé au détecteur de métaux lourds, les coffres sont fouillés, toute personne ayant le moindre comportement suspect est immédiatement isolée. Quelques minutes après leur arrivée, deux jeunes garçons à peine majeurs sont arrêtés. Lors de la fouille au corps, une grande lame est trouvée sur l’un d’eux. De tels contrôles de l’armée aux checkpoints sont quotidiens dans l’extrême sud de la Thaïlande, à la frontière avec la Malaisie.
Ces scènes ont lieu à l’abri des regards et des projecteurs médiatiques. Cette région rurale et peu fréquentée subit une politique d’assimilation forcée de la part de Bangkok depuis des décennies. C’est là que vivent 2 millions de Malais, une minorité ethnique et religieuse musulmane, dans un pays à majorité bouddhiste, farouchement attachée à la défense de son identité culturelle. Fusil M-16 en bandoulière, un militaire d’un groupe contre-terroriste inspecte fièrement un pick-up : « J’ai le don pour repérer le matériel explosif. Tout individu est un suspect potentiel, nous scrutons tout le monde. »
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Ces contrôles sont la partie émergée de l’iceberg : les exécutions sommaires sont quant à elles cachées, mais bien présentes. Le 25 juin 2024, le militant musulman pour les droits humains Roning Dolah, 45 ans, est abattu froidement par deux hommes masqués à moto devant chez lui, dans le district de Yarang, au cœur de la province de Pattani. Ce père de cinq enfants enquêtait sur des cas de tortures et de disparitions forcées. Sa femme, Kamilah, peine à se relever de ce choc.
Dans leur maison familiale, au milieu des rizières, elle revient sur cet assassinat, qu’elle attribue à…
Auteur: Marcel Tillion

