Quatre années de guerre. Et un site nucléaire sous contrôle militaire. Zaporijia, la centrale aux six réacteurs de 950 mégawatts (MW) est occupée et militarisée depuis 2022. Mais pas seulement : au fil du temps, elle est aussi un territoire occupé, un levier politique, un espace de contrainte, une « enclave russe au cœur de l’Ukraine », bref, une sorte de guerre dans la guerre. C’est en substance la conclusion du rapport très complet (190 pages !) de l’ONG ukrainienne Truth Hounds, publié le 23 février et qui documente méthodiquement la prise de contrôle par l’armée russe et l’entreprise d’État Rosatom de la centrale nucléaire de Zaporijia (CNZ) depuis quatre années d’enfer.
Après la prise de contrôle du site par les militaires russes, très vite, une autre structure s’est installée dans l’ombre des réacteurs : la société d’État russe Rosatom, qui vend des centrales clés en main à de nombreux pays et dispose de 40 % des capacités d’enrichissement d’uranium de la planète. L’enquête décrit une prise de pouvoir progressive au sein de la ville d’Enerhodar et de la centrale où Rosatom ne se contente pas d’un rôle technique mais supervise une transition forcée vers un cadre juridique russe. « Rosatom s’est purement et simplement appropriée une centrale ukrainienne », s’étrangle Pauline Boyer, chargée de campagne nucléaire chez Greenpeace France.
Passages à tabac, électrochocs, menaces…
Cette occupation s’accompagne systématiquement d’intimidations et de détentions arbitraires. Les enquêteurs recensent « au moins 226 cas d’arrestations illégales de civils et d’employés de la centrale », selon les mots de Denys Sultanhaliiev, coauteur du rapport, en visio depuis l’Ukraine. Plusieurs témoignages évoquent des passages à tabac, des électrochocs, des menaces contre les familles, des simulations d’exécution.
Si Rosatom n’est pas accusée…
Auteur: Laure Noualhat

