Kyiv (Ukraine), reportage
Anna Sobur n’avait jamais utilisé une perceuse. Mais cet après-midi, elle perce à la chaîne d’immenses planches de bois destinées à faire des jardinières. « J’ai appris à m’en servir grâce aux autres bénévoles. Rien que le fait de travailler la terre, le bois, fait que je me repose ici. » La trentenaire, casquette sur la tête, vient de Zaporijia, à une cinquantaine de kilomètres de la ligne de front. La centrale nucléaire de la ville ukrainienne sert désormais de base militaire aux troupes russes.
« J’étudie la psychologie, alors quand j’ai entendu parler d’un jardin thérapeutique, j’étais curieuse. J’ai appris beaucoup de choses ici », dit-elle. Elle vient chaque week-end depuis deux mois dans cette miniforêt du centre de Kyiv, la capitale, pour percer, poncer, scier, jardiner… « Et puis je me suis aussi fait beaucoup d’amis ! » Les jardinières qu’elle finit de fabriquer, qui seront remplies de plantes grimpantes, viendront orner les cinq cabanes en bois disposées ça et là sur ce terrain en pente de 4 500 m2. Elles accueillent celles et ceux qui cherchent de l’apaisement.
Nous voilà dans le premier « jardin-thérapie » de la ville, conçu par l’urbaniste danois Mikael Colville-Andersen, inauguré au début de l’été. Il vise à aider à soigner les blessures invisibles des vétérans de la guerre, ainsi que celles des civils, rongés par un quotidien rythmé depuis deux ans par les enterrements, les alertes aériennes quotidiennes, les bombardements… Une quarantaine de volontaires sont venus, parfois chaque week-end, pour aider à construire l’endroit, dès le mois de mars. « Le premier week-end, il y avait près de 300 personnes, se félicite Mikael Colville-Andersen. Ils ont exhumé 260 tonnes de détritus. La forêt dans laquelle nous sommes servait de dépotoir. On a même retrouvé une vieille prothèse des années 1960 ! »
Du haut de ses 18…
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Auteur: Cerise Sudry-Le Dû

