La première et la dernière fois qu’un employeur m’a gratifiée d’un jour de congé pour le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, c’était à Alger, en 1984. Cela m’avait inspiré la plus grande méfiance. En effet, la ficelle était grosse : pendant que les femmes chômaient cette journée, l’État algérien campait sur ses positions patriarcales et reconduisit cette même année un code de la famille qui les maintenait dans un statut de mineures à vie, sous la tutelle d’un homme, père, frère, mari, fils. Il faudra attendre presque un demi-siècle pour entrevoir un frémissement timoré de changement.
Les États-nations, qu’ils soient le fruit de révolutions et/ou de décolonisations, encore inachevées, sont tous inscrits dans le patriarcat et en tirent des avantages indus réservés aux hommes, ou à quiconque y est assimilé. Tant qu’ils ne sont pas contraints d’agir pour en finir avec les injustices ainsi générées, ils continuent de s’y vautrer et d’y prospérer.
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Du sexisme à l’antigenre et à la transphobie, de la xénophobie à l’islamophobie et à tous les racismes, du mépris de classe à l’âgisme et à l’antiwokisme, les ressorts pour perpétuer cet ordre inégalitaire ne manquent pas et sont souvent combinés pour retarder le moment fatidique où il faudra vraiment sonner la fin de l’ordre patriarcal. Vraiment. Pas en enfumant avec des effets d’annonce qui ne changent pas radicalement les abus de pouvoir virils, les humiliations et les prédations sexuelles ordinaires. Pas en se drapant dans une fallacieuse générosité par une inscription dans la Constitution pompeusement scénographiée qui, en étant trop spécifique,…
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Auteur: Nacira Guénif

