Pendant plus de 70 ans, des particuliers, associations, chercheurs, militants, journalistes, médecins et anonymes se sont battus pour rendre leur identité et leur dignité à 86 personnes juives, victimes d’un crime nazi survenu en Alsace en 1943. Cet épisode est longtemps resté ignoré de la mémoire collective. Je m’appelle Jeanne Teboul, je suis anthropologue et j’ai enquêté sur celles et ceux qui ont mené ce combat contre l’oubli. Dans ce récit inédit, je reviens sur les détails de cette histoire tragique, et retrace la mémorialisation complexe de ce crime dans la société alsacienne contemporaine.
En décembre 1944, les troupes alliées qui libèrent l’Alsace découvrent à l’Université de Strasbourg des cadavres morcelés, probables pièces à conviction d’un crime de guerre nazi. La justice militaire française ouvre une enquête : d’où viennent ces corps ? Qui étaient ces victimes ?

Ce 1er décembre 2021, tandis que se termine le discours de Georges Yoram Federmann, l’activiste strasbourgeois qui n’a cessé de lutter pour honorer les 86, un petit groupe d’étudiants, profitant d’une pause dans leur cours magistral pour fumer une cigarette, se rassemble sous l’auvent. Le président de la cérémonie les interpelle : « Qui parmi vous connaît Menachem Taffel ? »

Au début des années 2000, l’historien et journaliste allemand Hans-Joachim Lang dévoile l’identité nominative des 86 victimes du Professeur Hirt. Il se met en quête des descendants des victimes. Sa découverte, qui couronne des années de recherches, semble ouvrir une nouvelle étape dans la mise en mémoire – jusqu’alors complexe – de ce crime. Mais c’est une autre découverte, très…
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Auteur: Jeanne Teboul, Anthropologue, Maîtresse de conférences à l’Université de Strasbourg, Université de Strasbourg

