Enquête sur l'écofascisme : comment l'extrême droite veut récupérer l'écologie

[1/2 La menace écofasciste]L’écofascime est déjà une réalité. En Europe comme en France, l’extrême droite s’accapare les fondements de l’écologie pour justifier ses discours identitaires et nationalistes. Qui sont les écofascistes ? Pourquoi se réapproprient-ils l’écologie ? Une alliance avec Éric Zemmour est-elle possible ? Reporterre a mené l’enquête, en deux parties.


Le fond de l’air est brun et les nostalgiques du fascisme se drapent de vert. À l’extrême droite, aujourd’hui, une nébuleuse de groupuscules s’accapare les thèses de l’effondrement et utilise l’écologie pour nourrir leur obsession identitaire. La menace est réelle et la situation inédite, alimentée à la fois par le péril climatique, la crise migratoire et la banalisation des discours xénophobes. La tentation « écofasciste » est, plus que jamais, d’actualité.

Certains groupes appellent à créer « des Zones identitaires à défendre » (Zid), d’autres achètent des fermes à la campagne pour « défendre les terroirs », d’autres s’arment lourdement en prévision d’une hypothétique guerre civile. Certains apprennent les rudiments de la vie sauvage en pleine nature et se revendiquent de la décroissance. Fruit d’un bricolage idéologique déconcertant, ces mouvances mêlent culture de l’alimentation saine et fascination pour les armes, haine des migrants et jardinage, virilisme et néopaganisme.

Les autorités commencent à y être attentives. Le coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, Laurent Nuñez, évoque « un mouvement qui se développe », à l’image des suprémacistes blancs aux États-Unis, et qui « n’hésite pas à appeler à des techniques de clandestinité et à la pratique du survivalisme ». Dans le contexte de la catastrophe environnementale, ces courants disparates marquent une recomposition en profondeur du mouvement fasciste.

« L’homme doit défendre son biotope contre les espèces invasives »

« L’écologie est une aubaine pour eux, explique à Reporterre le philosophe Dominique Bourg. Elle leur permet de se rénover, de se réaffirmer et de reprendre une importance dans l’époque. » Pour lui, cette récupération est, somme toute, logique : « Cela fait des décennies qu’ils fantasment le déclin. Le changement climatique apporte de l’eau au moulin. Il nourrit leur croyance en l’apocalypse, nourrit aussi leur imaginaire marqué par la peur de l’invasion et de la disparition. »

Dès 1999, un des idéologues de…

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Auteur: Gaspard d’Allens (Reporterre) Reporterre

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