En France, la massification de l’enseignement supérieur a contribué à renforcer une forme de course contre la montre dans les parcours d’études, intensifiant le poids du diplôme initial sur les carrières. Comment réduire cette irréversibilité des trajectoires et proposer un nouveau pacte de démocratisation universitaire ?
L’observation des politiques publiques depuis deux décennies souligne l’existence d’un compromis partagé par l’ensemble de l’échiquier politique : massifier l’accès aux études supérieures pour la jeunesse tout en acceptant une forme de privatisation rampante, faute de moyens publics à la hauteur des ambitions affichées. C’est ainsi que les frais de scolarité dans les écoles d’ingénieurs et les instituts d’études politiques se sont développés de façon progressive dans les années 2000.
Ce modèle de massification à bas coût – dont le risque pointait déjà il y a dix ans – est désormais entériné et s’avère aujourd’hui perdant, dans la mesure où il renforcerait une forme de tyrannie du diplôme initial et favoriserait le développement de formations de qualité médiocre.
Comment proposer un autre pacte reconnaissant le droit de se tromper et la possibilité d’une seconde chance, tout en améliorant la qualité des parcours ?
La massification low cost, une politique par défaut
Pour occuper une jeunesse exposée au chômage structurel et lui permettre de faire face aux exigences renforcées du marché du travail, les pouvoirs publics ont ouvert les vannes de l’enseignement supérieur, en accueillant des flux croissants de nouveaux bacheliers depuis 2010. Malgré cette explosion démographique des années 2010/2020, l’investissement n’a pas suivi, et les dépenses moyennes par étudiant baissent de façon régulière depuis 2010, comme le montrent les statistiques ministérielles.
Parmi ces dépenses, la part du financement public dans l’enseignement supérieur…
Auteur: Nicolas Charles, Sociologue, Université de Bordeaux

