Limiter la population, créer de l’indésirabilité : une vieille tradition idéologique
L’initiative pour une Suisse à 10 millions s’inscrit dans une longue tradition idéologique qui remonte à Thomas Robert Malthus, penseur conservateur du XVIIIᵉ siècle. Malthus affirmait que la population devait être strictement limitée par rapport aux ressources disponibles et que la pauvreté était un phénomène « naturel ». Dans cette vision, les pauvres sont responsables de leur malheur et toute aide sociale est inutile, voire nuisible. La « solution » envisagée : limiter leurs naissances. Cette lecture de la société, profondément violente, transforme des injustices sociales en fatalités biologiques, efface toute responsabilité politique et justifie que certains êtres humains soient considérés comme « en trop ». C’est cette logique qui préparera le terrain à des dérives extrêmes, allant du darwinisme social à l’eugénisme : contrôle des naissances, stérilisations forcées, hiérarchisation sociale basée sur la prétendue valeur biologique des individus.
En Suisse, les idées malthusiennes ont eu des conséquences concrètes et tragiques. La notion de « surpopulation » a alimenté le concept d’« Überfremdung », cette peur d’une « surpopulation étrangère » qui traversera le XXᵉ siècle avec notamment la première initiative anti-surpopulation étrangère en 1919, puis celle de Schwarzenbach en 1970 qui visait à limiter à 10% la proportion d’étranger.ères au sein de la population en Suisse avec comme conséquence l’expulsion de quelque 300’000 travailleuses et travailleurs étrangers.
Entre 1920 et 1980, plusieurs cantons ont pratiqué des stérilisations contraintes, ciblant prioritairement les pauvres, les femmes jugées « inaptes », les Yéniches et les personnes en situation de handicap. Le canton de Vaud légifère dès 1928 pour autoriser ces pratiques (187 cas connus entre 1929 et…
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