« La pornographie du sauvetage » est le titre d’un article d’Aris Chatzistefanou pour le journal grec Efimerida ton Syntakton, datant du 24 juin. Dans celui-ci, il n’oppose pas la couverture médiatique du récent naufrage du chalutier rempli des refugiés au large de Pylos, faisant plusieurs centaines des morts, et du submersible disparu près du Titanic avec cinq passagers suffisamment riches pour choisir une telle activité touristique. Chatzistefanou pointe les mécanismes par lesquels les médias décident quelles victimes gagneront des téléspectateurs (ou exciteront les réseaux sociaux). Ce qui en dit long sur les mécanismes des appareils médiatiques et dans la manière d’accrocher l’appareil psychique. Ainsi, la photo d’un enfant défavorisé « touche » les gens et sera exploité par cette pornographie du sauvetage.
Loin de la catharsis aristotélicienne dans la dramaturgie d’une tragédie, cette pornographie médiatique vise plutôt une espèce de « lavage d’émotions ». Il faut des gens touchés, sidérés, à la fois hypersensibles et anesthésiés, mais jamais mobilisés. C’est à dire séparer l’é-motion de tout mise en mouvement, émeute, trouble social et moral. Bien que les émotions ne sont pas apparues un beau jour, le terme émotion est un mot récent qui semble apparaître au courant du XVe siècle. À ses débuts, « émotion » a une signification politique et désigne un soulèvement ou une révolte populaire. Aujourd’hui, le lavage d’émotions conjugue la chaleur caniculaire, irrespirable, des passions tristes et la glaciation des possibles quant à l’action : Il n’y a pas d’Alternative.
Contrer la pornographie du sauvetage et de la catastrophe, c’est renouer nos émotions à nos actes, et pour cela il faut aussi des histoires. Moins pour les raconter que pour les vivre, créer avec elles et au sein d’elles des espaces où la vie est viable. Les expérimentations collectives…
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Auteur: dev

