Introduction
Le Moyen-Orient est le théâtre d’une double dynamique fascinante : d’un côté, une accélération des alliances diplomatiques et de l’autre, une résistance farouche des gardiens du dogme religieux. Au cœur de cette tension se trouve l’idée de « l’Ibrahimisme » ou de l’unité des religions, un concept moderne qui cherche à jeter des ponts spirituels entre l’Islam, le Judaïsme et le Christianisme. Alors que cette vision est promue dans plusieurs cercles politiques comme le ciment d’une paix durable, la réponse théologique la plus tranchante est venue d’une institution clé : la Commission permanente pour la recherche scientifique et l’Ifta’ en Arabie Saoudite, à travers sa célèbre fatwa numéro 19402. Ce texte juridique met en lumière la frontière invisible, mais jusqu’ici infranchissable, entre la realpolitik des États et l’orthodoxie religieuse traditionnelle.
La genèse de l’Ibrahimisme : une utopie diplomatique
Pour comprendre la portée de la réaction saoudienne, il faut d’abord cerner ce qu’est l’Ibrahimisme. Né dans le sillage des dynamiques de normalisation politique au Moyen-Orient, ce concept utilise la figure d’Abraham comme un ancêtre commun et un symbole unificateur pour les trois grands monothéismes. L’ambition affichée est noble en apparence : dépasser les siècles de conflits théologiques pour bâtir une fraternité humaine universelle.
Cette vision s’est matérialisée par des projets hautement symboliques. Le plus emblématique est sans doute la Maison de la Famille Abrahamique à Abou Dabi, un complexe unique qui réunit une mosquée, une église et une synagogue sur un même site. Au-delà de l’architecture, l’Ibrahimisme a nourri des propositions culturelles plus audacieuses, telles que l’organisation de séminaires interreligieux paritaires, le rapprochement des programmes scolaires ou encore l’idée d’imprimer le Coran, la Torah et l’Évangile…
Auteur: Mustapha STAMBOULI

