« Qui ne tente rien n’a rien. » Jihane regarde son téléphone, indifférent au flux ininterrompu de voitures qui se déroule devant lui sur la grande place de Croix de Chavaux, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Il attend sa prochaine course, assis sur un banc. À ses pieds, son sac orange aux couleurs d’une grande entreprise de livraison de nourriture avoisine un vélo de la même couleur. « Le programme de Mélenchon me plaisait, même si la moitié n’était pas réalisable, je pense. J’aimais bien son idée du SMIC à 1400€. C’est le seul qui annonçait des vraies choses. » L’étudiant en communication, coursier à mi-temps, a voté Mélenchon en 2022. Cinq ans plus tôt, il avait pourtant choisi Emmanuel Macron. « Je voulais changer. J’ai été déçu. Et puis, les propositions de Macron me font peur. Sur le RSA notamment, même si je ne le touche pas. Il va l’enlever à des gens et les mettre à la rue. Et la retraite à 65 ans, pareil, je ne suis pas concerné tout de suite, mais faut penser à l’avenir. » Son avenir, comme beaucoup, le jeune Montreuillois voulait le mettre entre les mains de la gauche.
À Montreuil, comme dans de nombreuses villes des quartiers populaires, les scores du candidat de l’Union populaire sont vertigineux. « Staliniens », diraient les plus taquins. Dans les dix grandes communes les plus pauvres de France métropolitaine, Jean-Luc Mélenchon a reçu plus de 50 % des suffrages exprimés. Son plus « petit » score ? 52,5 % à Roubaix (Nord), tandis qu’il dépasse les 60 % dans la moitié de ces villes. Il suffit d’ailleurs, de regarder une carte des résultats, commune par commune, pour voir que les quartiers populaires des grandes métropoles ont largement plébiscité le leader de la France insoumise (LFI). Que ce soit dans les quartiers nord de Marseille, en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne, ou dans les banlieues populaires de Lyon (Bron, Saint-Fons…), de Lille, il est arrivé en tête à chaque fois. À la loupe, le constat est encore plus écrasant. À Roubaix par exemple, connue pour son hétérogénéité sociale, ce sont les bureaux de vote situés dans les quartiers les plus populaires de la ville qui ont massivement voté Mélenchon, avec des taux allant jusqu’à 77 %.
Des mobilisations locales à l’Union populaire
Face à ces chiffres, ce n’est pas tant la couleur politique qui interpelle – les banlieues populaires ont une tradition politique ancrée à gauche – que l’ampleur du phénomène. Une simple comparaison avec les résultats du…
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Auteur: Emma Bougerol, Pierre Jequier-Zalc

