Entre la mer et le mur

Cette semaine, nous traduisons un article de Ian Alan Paul publié originellement chez nos amis de Ill Will sous le titre Between the sea and the security fence, disponible en Turc et en Polonais. On a pu dire que les massacres à Gaza étaient indifférenciés. L’horreur véritable est qu’ils ne le sont pas. Les dispositifs satellitaires et cybernétiques d’Israël lui confèrent une omniscience quasi-totale sur le détail des chairs qu’il broie. Jamais la mort n’est aussi renseignée que lorsqu’elle fond depuis les cieux glacés de l’abstraction.

Dans Gaza – collage éclaté d’architectures et de décombres, l’abstraction de la vie concurrence la vie même. Ces vies, subsumée sous les technologies sociales qui couvrent et codent le territoire sans relâche, sont si bien représentées et reconnues – comme telle ou telle forme de vie – qu’on en oublierait presque, sous les épaisses vagues identificatrices et classificatrices, l’existence de quelque chose d’encore un peu vivant. Réfugié, militant, civil, otage, prisonnier, soldat et victime – autant d’abstractions qui coordonnent la distribution des vies. Abstractions qui déterminent pour ces vies leur position dans divers stratagèmes militaires, diverses manœuvres politiques, divers programmes économiques ; dans ces formes d’identité particulières qui correspondent chacune à sa propre intensité et sa propre nuance de violence ; au sein des codes circulants qui déterminent de plus en plus précisément ce qu’est une vie, qui y décèlent de mieux en mieux ce qu’on pourrait bien en faire. Vivre et mourir comme une abstraction : tel est le sort imposé à tous ceux qui habitent l’espace entre la mer et la clôture de sécurité.

L’abstraction est réelle dans la mesure où elle détermine la forme d’une vie et ses conditions de vie, accorde ou dénie l’accès à un checkpoint, ouvre ou ferme l’eau et l’électricité, fournit une couverture…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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