Varsovie (Pologne), correspondance
« C’est un vrai cauchemar. J’ai vu des gens arriver avec des blessures causées par des morsures de chiens ou par les militaires biélorusses », déplore Maciej. Depuis cet automne, cet activiste néophyte vient en aide aux réfugiés. « Ils boivent l’eau des marécages pour survivre, ils en tombent malades. Par crainte d’attirer l’attention des gardes-frontières polonais et de se faire renvoyer en Biélorussie, certains refusent que nous appelions les secours, malgré leur état de santé désolant. »
À cheval entre la Pologne et la Biélorussie, les 150 000 hectares de la forêt de Białowieża sont au cœur d’un conflit géopolitique. Le régime de l’autocrate Alexandre Loukachenko exerce depuis cet été une pression migratoire visant, selon certains observateurs, à « déstabiliser » l’Union européenne. Il est notamment responsable d’un fort afflux d’exilés le long des 400 kilomètres de frontière polono-biélorusse.
Par l’octroi de visas touristiques à tout va, le pays est parvenu à faire miroiter à des milliers de personnes, majoritairement venues du Moyen-Orient et d’Afrique, un passage facile vers l’Europe de l’Ouest via la Biélorussie. Le tout, pour se venger de Bruxelles : en juin dernier, elle avait sanctionné le « dernier dictateur d’Europe » responsable du détournement d’un avion dans lequel se trouvait un dissident biélorusse. Ce procédé cynique est en voie de transformer la majestueuse forêt de Białowieża, ses marécages et ses rivières, en cimetière. Des deux côtés de la frontière, plus d’une dizaine de réfugiés y ont trouvé la mort : noyades, hypothermie, épuisement, manque de nourriture… Et le bilan pourrait s’avérer bien plus lourd.
Les zones humides et marécageuses constituent une part importante de la forêt de Białowieża. © Benjamin Larderet/Reporterre
Ces dernières semaines, le nombre de tentatives de passage a baissé, à la faveur de vols de rapatriements organisés par la dictature de Minsk, mise sous pression. Mais la stratégie du gouvernement polonais, elle, n’a pas changé : sa politique de refoulement à la frontière se poursuit, en dépit des conventions sur le droit d’asile.
Pour contrer ce qu’elle qualifie de « guerre hybride » menée par le régime d’Alexandre Loukachenko, la Pologne dirigée par le parti national-conservateur Droit et Justice (PiS) a en effet décidé d’employer la méthode forte. En plus du déploiement de milliers de soldats dans l’est de la…
La suite est à lire sur: reporterre.net
Auteur: Reporterre

