Émilie Hache est maîtresse de conférence au département de philosophie de l’université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense. Spécialiste en philosophie pragmatique et en écologie politique, elle est l’auteure de l’essai Ce à quoi nous tenons. Propositions pour une écologie pragmatique. Elle publie cet automne Reclaim, un recueil de textes écoféministes (éd. Cambourakis).
Reporterre — Qu’est-ce que l’écoféminisme ?
Émilie Hache — Il s’agit d’abord d’un mouvement politique qui s’est déroulé principalement aux États-Unis pendant les années 1980. Pendant une dizaine d’années, des centaines de femmes, féministes, pacifistes, anarchistes et antinucléaires ont organisé des blocages de centrales, des sit-in, des camps… Le plus grand camp écoféministe contre l’installation de missiles nucléaires à Greenham Common, en Angleterre, a duré de 1981 à 2000, soit près de vingt ans !
Le campement de Greenham Common le 12 décembre 1982.
Les premiers textes écoféministes ont été écrits pendant cette période. C’étaient des textes poétiques, thérapeutiques, politiques, qui mélangeaient plein de choses et interrogeaient la façon qu’on a, dans la modernité, de séparer les différentes dimensions de l’existence comme celles du monde.
Dans les années 1990, à la fin de la Guerre froide, les mobilisations ont cessé, car le risque nucléaire a pris une autre forme. Une partie de l’écoféminisme s’est institutionnalisé et est devenu un objet de recherche académique. La plupart des publications de ces années-là n’étaient plus des textes écoféministes en tant que tels, mais des textes universitaires sur l’écoféminisme.
Un des problèmes est que ces universitaires, notamment les philosophes, dépolitisaient l’écoféminisme en en faisant une éthique environnementale parmi d’autres et en ne renvoyant jamais à l’histoire de ces mobilisations. En ce sens, de manière…
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