Edith Heard est biologiste et directrice générale de l’European Molecular Biology Laboratory (EMBL) et professeur au Collège de France. Elle a reçu la médaille d’or du CNRS en 2024 pour ses travaux sur l’épigénétique et l’inactivation du chromosome X.
Benoît Tonson et Elsa Couderc, chefs de rubrique Science à The Conversation France, reviennent avec elle sur sa carrière, depuis sa thèse jusqu’à son rôle de dirigeante, qu’elle exerce avec une passion intacte, pour comprendre l’importance de la recherche en épigénétique sur la santé des femmes et décrypter les fausses croyances qui entourent sa discipline.
Quelle est la différence entre génétique et épigénétique ?
Edith Heard : L’épigénétique est à la fois un concept ancien et une discipline très récente. Au moment où les lois de la génétique et de l’hérédité ont été découvertes, ou plutôt redécouvertes, au début du XXe siècle, des scientifiques s’intéressaient à l’embryologie et au développement. Ils ont réalisé que l’hérédité des caractères avait un lien avec la manière dont un organisme se développe.
En 1942, Conrad Hal Waddington, généticien et embryologiste britannique, a décidé de créer le mot « épigénétique ». C’est une fusion entre génétique et épigenèse qui était le mot utilisé par le médecin anglais William Harvey au XVIIe siècle pour décrire le concept de développement d’un être vivant : de la simplicité à la complexité.
Depuis, la notion a évolué. Dans les années 1970, différents chercheurs, tels que Robin Holliday et Arthur Riggs, ont commencé à étudier une modification de l’ADN : la méthylation (processus par lequel certaines bases nucléotidiques peuvent être modifiées par l’addition d’un groupe méthyle, CH3).
Ils se sont demandé si cette marque pouvait être à la base du fait qu’une cellule est capable de maintenir certains caractères au…
Auteur: Edith Heard, Directrice générale de l’EMBL (European Molecular Biology Laboratory), Laboratorio Europeo de Biología Molecular

